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Les mariachis et la musique populaire mexicaine
Par Sergio Soliz

La musique mexicaine possède une renommée qui s’est étendue bien au-delà de ses frontières et les mariachis (la bande de musiciens qui joue cette musique) se sont transformés en ambassadeurs folkloriques qui transportent leur art et leur culture à travers le monde.

Les mariachis, comme les tortillas de maïs ou les pyramides de Teotihuacan, constituent l’âme de la culture mexicaine et imprègnent donc l’histoire, les rituels et les coutumes.
La musique mexicaine, issue du métissage, est très variée et propose différents styles en fonction de la région géographique d’où elle provient.

Les historiens s’accordent pour affirmer qu’en même temps que l’épée de la conquête et la croix de l’évangile, la musique espagnole est arrivée sur le nouveau continent pour être rapidement intégrée et transformée localement jusqu’à obtenir la variété et le caractère particulier qui la distinguent aujourd’hui.

Quand Fray Juan de Padilla a enseigné aux indigènes de la région de Cocula (Jalisco) la doctrine chrétienne en utilisant la musique espagnole, ces derniers ont incorporé très vite le violon et la guitare dans leurs propres groupes musicaux et ont démontré du talent non seulement pour reproduire et transformer la musique mais aussi pour copier les instruments et donner naissance à de nouveaux instruments à cordes semblables et à usage local, comme la vihuela ou le guitarrón.

Le résultat de cette symbiose culturelle est une grande variété de rythmes et mélodies métisses interprétés par des formations musicales de différents types.
Les mariachis en sont un exemple et leur succès dans le cadre artistique n’est pas sans rapport avec le lobbying exercé par le nouvel état mexicain né de la révolution.

C’est en effet une manière de concrétiser dans le domaine musical les idéaux de la nation en archétypes qui représenteraient le nouveau projet révolutionnaire.

La mise en scène

Les instruments utilisés dans un groupe de mariachis sont très variés. A la base, ce sont des cordes (guitare, violon et guitarrón) et des trompettes, mais il y a des formations qui font aussi usage d’instruments musicaux d’origine indigène, comme le huehuetl et le teponaztli ou même parfois d’autres instruments comme la flûte, la harpe ou l’accordéon, suivant la région.

Le vêtement du mariachi est un mélange qui combine les vêtements des contremaîtres des haciendas avec ceux des élégants propriétaires terriens qui étaient, entre autres, de merveilleux cavaliers, connus au Mexique sous le nom de charros.
Pour couronner cet ensemble, on a l’incontournable chapeau de paille qui coiffe ce personnage, sorte de vacher ou de cow-boy dans l’imaginaire mexicain.

Vers le milieu du XXe siècle, le mariachi se transforme en un véritable symbole du Mexique et sa musique s’étend à toute la société mexicaine, des plus riches au plus pauvres. Le mariachi fait partie intégrante de la culture et il n’est pas de fêtes, de festivités ou de célébrations sans lui.
Il n’y a pas de mariage sans mariachis et sans mariachis il n’y a pas non plus de baptêmes ni d’enterrements.

 

L’origine du mot

On a cru durant longtemps que le mot mariachi était une interprétation locale du mot français "mariage" et qu’il faisait référence aux musiciens qui jouaient dans les mariages locaux pendant l’occupation française dans l’ouest du Mexique.

Cette version, cependant, a été écartée de manière définitive en 1981, quand dans les archives d’une église, on a retrouvé une lettre datée de 1848 (plus de dix ans avant l’occupation française) dans laquelle un prêtre local se plaignait déjà du bruit que faisaient les mariachis.

La version la plus couramment admise est que le terme mariachi proviendrait de la région de Cocula, connue comme le berceau mondial du mariachi, où les Indiens Coca appelaient ainsi un musicien au XVIe siècle.

"La reine Isabel chantait des rancheras"

Les films mexicains des années quarante et cinquante ont joué un rôle déterminant dans la diffusion de l’image du mariachi. Les acteurs de cinéma qui désiraient faire une brillante carrière devaient inévitablement être des chanteurs de musique ranchera (musique populaire mexicaine) et chanter accompagnés d’un groupe de mariachis. Des acteurs comme Pedro Infante ou Jorge Negrete ont fait carrière grâce à leurs dons de chanteurs et de cavaliers.

L’écrivain chilien Hernán Rivera Letelier explique dans une interview que l’expansion de la musique mexicaine en Amérique latine était due au fait que le Mexique avait été le premier pays à développer une industrie cinématographique sur le continent.

Dans son roman "La Reina Isabel cantaba rancheras" (traduit en français par : "La reine Isabel chantait des chansons d’amour"), Letelier dépeint le monde sordide de l’exploitation du salpêtre au nord du Chili, par l’intermédiaire du personnage de la Reine Isabel, une prostituée qui avait des dons multiples mais, surtout, un goût prononcé pour la musique ranchera.

L’amour pour la musique mexicaine n’est pas un phénomène isolé et il existe un incroyable engouement pour cette musique dans des pays comme la Colombie, le Pérou ou le Vénézuela.

Dans ces pays et nombre d’autres en Amérique latine, il est habituel de payer les services d’un groupe de mariachis pour "donner la serenata" aux fiancées ou pour mettre l’ambiance dans des cérémonies de tous genres.

Garibaldi, le berceau des grandes étoiles

La Place Garibaldi, située dans le centre historique de la ville de México, est le forum le plus important des mariachis dans la capitale mexicaine.

Sur cette place, on peut écouter et engager des groupes qui jouent des morceaux sur commande pour une somme tout à fait raisonnable et beaucoup de personnes se rendent à cet endroit pour boire quelques verres de tequila et entendre leur chanson favorite, celle qui les relie à leur histoire ou à l’amour de leur vie.

Beaucoup de légendes de la musique populaire mexicaine sont passées par la place Garibaldi avant d’être connues sur la scène internationale.
Parmi elles, José Alfredo Jiménez et Chavela Vargas sont deux géants sortis de Garibaldi.

Le premier est reconnu de manière presque unanime comme le meilleur compositeur de musique populaire mexicaine et comme le fondateur d’un style caractérisé par la passion et l’émotivité.

Les paroles de ses chansons parlent toujours d’amour ou de rupture. Elles parlent aussi de l’alcool car, dans une culture machiste, les larmes d’un homme ne peuvent s’expliquer que par l’ivresse. L’alcool aidant, la chanson se transforme alors en confession et le destin est mieux accepté.

José Alfredo Jimenez est mort à 48 ans et a laissé des centaines de chansons : beaucoup sont de véritables bijoux de la musique populaire comme “No volveré”, “Paloma Negra”, “Ella” et “Si nos dejan”.

La seconde, Chavela Vargas, a été une amie intime de Jimenez. Elle a connu la renommée mais aussi de dures années d’addiction à l’alcool, qu’elle a fini par vaincre presque par miracle pour retourner une fois de plus sur les grandes scènes.

Son style particulier a fait son succès : une voix forte qui peut se transformer en murmure ou en lamentation, rendant ses chansons plus déchirantes encore.

Décédée en juillet 2012, Chavela Vargas a été un personnage à contre-courant : elle s’habillait comme un homme, fumait du tabac, buvait à l’excès et portait des pistolets.
Elle connut Ava Gardner, Rock Hudson et développa une amitié très étroite avec Diego Rivera, Frida Kahlo, Picasso, Neruda et Gabriel García Márquez, entre autres.

Sa vie a été intense jusqu’à la fin et ceux qui l’ont connue s’en souviennent tous de la même manière : une forte personnalité, tenace, entraînante et dynamique, capable de célébrer son quatre-vingt dixième anniversaire en réalisant un saut à parachute, avec un grain de folie.

<p>mariachi à la trompette</p>

<p>enfants mariachis</p>

<p>mariachis guitare et violon</p>

<p>Fray Juan Padilla</p>

<p>fête mariachis</p>

<p>Hernan Rivera Letelier</p>

<p>femme mariachi</p>

<p>Chavela Vargas</p>

<p>José Alfredo Jiménez</p>

<p>mariachi et trompette</p>

<p>orchestre de mariachis</p>